Billets d'humeur 23 juillet 2026 Geofrey Debailleux

Pour qu'il n'y ait plus de Paulo nulle part

Paulo est mort ce mardi. Une silhouette familière de la Place de Caudry, debout par dignité. Et comme dernier héritage, l'idée d'un lieu d'accueil ouvert dans chaque ville.

Pour qu'il n'y ait plus de Paulo nulle part

Paulo est mort ce mardi.

Paulo, c'était cet homme avec qui la vie n'a jamais été tendre. Une silhouette familière sur la Place de Caudry. Il parlait avec les passants, souriait souvent, parfois s'emportait. Mais toujours, il restait debout. Il refusait de faire la manche assis ou à terre. Par dignité, disait-il. Pour ne pas être enfermé dans une case.

La semaine dernière encore, alors que je travaillais en rue dans le cadre de mon métier d'éducateur culturel, nous avons discuté, comme souvent. Il m'a reparlé de son œil, crevé récemment par des jeunes qui lui avaient lancé des mottes de terre. Une blessure qu'il peinait à soigner. Il m'a parlé aussi de ce logement qu'un ami devait lui prêter pour deux mois, le temps d'une cure, un projet finalement avorté, son ami ayant été expulsé pour impayés avant son départ. Et puis, comme souvent, il en est revenu à ce qui le préoccupait le plus : le manque de moyens pour accompagner dignement les personnes sans domicile.

Je lui ai dit que j'étais communiste, engagé politiquement. Ça l'a fait réagir car lui il avait des idées. Alors je lui ai demandé : « Et toi, si tu pouvais décider, tu ferais quoi, dans l'idéal ? »

Il n'a pas hésité.

Dans chaque ville, un lieu d'accueil et de rencontre. Obligatoirement. Quelques lits pour se reposer quelques heures. Des casiers individuels pour mettre ses affaires à l'abri. Des sanitaires, pour la dignité. Et puis des travailleurs sociaux, pour accompagner, organiser, ouvrir des perspectives.

Le matin, on y servirait du café. Certains jours, il y aurait des assistants sociaux, d'autres des médecins. Le midi, on préparerait un repas ensemble, avec un potager adossé au lieu. « Une soupe, c'est déjà très bien, pas besoin de plus », disait-il. L'après-midi serait consacré aux échanges, aux jeux, au repos, aux conseils, à l'entraide, à tout ce qui permet de tenir, et parfois de repartir.

Je lui ai répondu : « C'est déjà très réfléchi. Il faudrait porter ça plus haut ! On pourrait appeler ça des Centres Paulo. » Il m'a arrêté tout de suite. Il ne cherchait pas la reconnaissance. Alors je lui ai simplement dit : « Je peux en faire un article, si tu veux. » Il m'a répondu qu'il en serait ravi. Que je lui montrerais la prochaine fois.

Je n'en ai pas eu le temps, malheureusement, Paulo nous aura quittés avant. Alors j'écris aujourd'hui en pensant à cette présence qui ne sera plus.

Il faudrait des lieux d'accueil à la Paulo partout.

Pour qu'il n'y ait plus de Paulo nulle part.